Polair, 2007

1 projecteur, 2 haut-parleurs, 1 ordinateur, 1 fichier numérique, 16/9ème, couleur, son stéréo,

Mentions obligatoires sur cartel :
générique de l’œuvre
Image : Léo Hinstin
Effets spéciaux : Philippe Cuxac
Son : Jean-Michel Jeudy


Ce que tente de saisir Laurent Grasso dans ses vidéos, ses installations et ses photographies, c'est un infra-visible, déconnecté néanmoins de toute dimension documentaire. Tout se joue en effet à la surface des choses, dans un temps paradoxal qui noue un lointain et un ailleurs à la figure d'un pur présent. Chez Laurent Grasso, les dispositifs environnementaux qui évoquent la représentation de la réalité par les sciences produisent des récits d'anticipation sans objet identifié. L'évocation des phénomènes électromagnétiques, météorologiques, de la physique quantique, de la théorie des cordes, notamment dans Project 4-brane (2007), laissent advenir des moments d'absence, de vide et d'énigme.


Tel est l'objet de Polair, s'inscrivant dans cette archéologie du futur que tente Laurent Grasso, à partir de domaines scientifiques diversifiés, qui ne constituent pas une source directe d'illustrations mais qui ouvrent un territoire d'hypothèses ouvert pour la fiction, questionnant par ailleurs le statut de la représentation. Polair reconstitue la propagation d'un nuage de pollen, à la manière de la propagation du nuage de brouillard inquiétant qu'il montre dans Projection. Tourné à Berlin à proximité de la tour des télécommunications- la Fernsehturm- filmée en contre-plongée Polair cartographie toutes les sources électriques de la ville qui semblent donner consistance au nuage de pollen. La projection dans un espace fermé renforce la dimension de fiction politique de l'œuvre, à l'image d'une autre œuvre Haarp (2007), représentant un champ d'antennes sur une base en Alaska qui forment des arcs électriques.


Comme dans le Project 4-brane, Polair induit tout un ensemble d'homologies d'ordre technologique entre les réseaux immatériels de transport d'électricité, à l'échelle mondiale, et les interactions magnétiques qui se produisent à l'échelle corpusculaire d'un pollen urbain. La fiction s'origine à son tour dans cet espace infra- mince, à la croisée des récits sur le contrôle et les puissances démesurées des technologies, sur le mode d'une fable cinématographique.


 

 


Pascale Cassagnau