Nationalité iranienne
Née en 1966 à Téhéran (Iran)
Vit et travaille à Paris (France) et en République islamique d'Iran
Biographie
Bibliographie
Liste expositions

Entretien avec l'artiste - avril 2004

Biographie

Née en 1966 à Téhéran , Ghazel vit et travaille actuellement à Paris. Après avoir fréquenté une école internationale en Iran, elle se met à voyager à l'âge de 19 ans, pendant la guerre Iran-Irak. Elle partage son temps entre l'Iran et l'Europe.

 

Ghazel s'installe en France en 1986. Elle suit des études à l'Ecole des Beaux-Arts de Nîmes, puis obtient une licence d'études cinématographiques à l'Université de Montpellier.

Elle obtient ensuite plusieurs bourses qui lui permettent  de séjourner à Berlin et à Leipzig, ainsi qu'une bourse du Ministère de la Culture français en 2000/2001 qui lui donne l'opportunité de résider à New York à l'ISCP (International Studio & Curatorial Program) pour son projet artistique Wanted.

 

Parallèlement à son travail artistique, l'artiste s'implique dans de nombreux projets de travail social: elle oeuvre avec des détenus dans des prisons à Téhéran et aux Etats-Unis, avec de jeunes immigrés de Montpellier (en France), ou encore pour l'UNICEF[1] sur la question des droits des enfants en Iran. Ces préoccupations sociales, mêlées au sentiment d'être apatride, déterminent toute son activité artistique.

 

Ses premiers travaux conceptuels, réalisés en Iran, se présentent sous la forme d'installations-happenings, ayant lieu lors d'expositions éphémères organisées sans l'autorisation des autorités iraniennes. Ils sont mis en scène dans la maison familiale, située dans une campagne proche de Téhéran ; les invitations ne sont faxées que la veille de l'événement.

 

En France, la confrontation avec les difficultés administratives liées à l'immigration va déterminer l'une des lignes directrices de son travail[2]. C'est à partir de 1997 que  Ghazel entreprend le projet Urgent / Wanted, œuvre aux formes et aux supports multiples qui adopte une orientation différente suivant le pays dans lequel l'artiste travaille. Elle réalise ainsi en France des affiches sous forme de petites annonces à des fins de mariages blancs : "Femme cherche mari non raciste, URGENT", "Femme (31 ans) cherche mari : Grand ou pas grand—Rigolo ou pas rigolo—Fumeur ou pas fumeur" ou "URGENT : FEMME (32 ans) (moyen-orientale) cherche MARI (passeport) (nationalité CEE de préf. Français) e-mail:maraal@minitel.net". Ces annonces sont ensuite déclinées sur des tracts qu'elle distribue lors de vernissages et qu'elle diffuse également sur Internet avec des images animées[3]. Elle achèvera également en 2002 une vidéo ayant trait au même sujet et intitulée Urgent.

 

Ghazel réalise par ailleurs des installations vidéo constituées de courtes séquences portant le titre Me . Cette série, qui rassemble aujourd'hui plus de 580 séquences, se compose d'autoportraits de l'artiste, voilée de la tête aux pieds d'un tchador noir, effectuant toutes sortes d'activités quotidiennes : prendre un bain, glisser sur un toboggan, tondre la pelouse, dormir avec une kalachnikov, etc. "Les films Me [moi] sont comme des homes movies [films faits à la maison] filmés avec une caméra HI8 placée sur un trépied. Je filme, je joue et je monte.[4]", dit-elle.  Les séquences durent quelques secondes et sont précédées de titres en anglais ou en français. Les titres décalés et les séquences relèvent à la fois d'une absurdité humoristique et de la critique sociale. L'artiste souligne ainsi les paradoxes inhérents à sa condition de femme, ainsi qu'à sa situation d'"exilée ", ni pleinement chez elle en Iran, ni totalement intégrée en Occident. A partir de cette expérience personnelle, Ghazel propose une métaphore de la "culture voilée" qui est celle de l'Iran.[5]

 

                       

Emilie Benoit


 


[1] Fonds des Nations Unies pour l'Enfance

[2] "J'ai reçu de la Préfecture une lettre d'expulsion. Elle disait que ma carte de séjour ne serait pas renouvelée et que je devais quitter le territoire français sous quinze jours [...] pour la première fois je me sentais sans papiers, clandestine [...]. Mon travail a changé d'un coup. Le projet du mariage blanc et mes autoportraits en vidéo sont nés de ces expériences". Ghazel, dans le catalogue de l'exposition Voyages d'artistes, Algérie 03, Espace EDF Electra, 21 novembre 2003 – 28 mars 2004, Paris musées, 2003, p. 63.

[3] à voir sur le site du FRAC Languedoc-Roussillon : http://artefact.mi2.hr/_a01/lang_en/art_ghazel_en.htm

 

[4] Citation de Ghazel dans l'article de J.L. Gaillemin, L'Iran à vif, L'Oeil, n°553, décembre 2003.

[5] Ghazel lors d'une conférence à l'université de Paris 8 en novembre 2001: "le voile, c'est la réalité de l'Iran, et ce n'est pas que l'Iran, mais l'Orient en général, et ce n'est pas que le voile physique je crois, c'est aussi la culture voilée ou même la langue voilée. [...] On a 100 façons de dire " non " sans le dire. Notre humour, c'est quelque part un voile aussi, enfin c'est vraiment une opposition occident/orient et c'est pas que le voile physique." http://www.arpla.univ-paris8.fr/~canal10/gazhel/