Nationalité française
Né en 1972 à Mulhouse (France)
Vit et travaille à Paris (France)
Biographie
Bibliographie
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Biographie

 

Laurent Grasso a fait ses études à la Cooper Union School de New York, à la Central Saint Martins School of Art de Londres ainsi qu'à l'École des Beaux-arts de Paris dont il est diplômé. Il développe depuis une dizaine d'années une œuvre singulière qui porte sur la mise en œuvre de dispositifs paranoïaques d'images, à travers des vidéos, des photographies et des installations. En effet, tout son travail évoque de manière subtile les différents troubles dans la définition ou dans l'identification de l'image de la réalité, affectant les perceptions visuelles, sonores ou les registres de l'imaginaire, lorsque le réel lui-même est pris au piège sans fin des strates multipliées de son interprétation.

Les œuvres de Laurent Grasso mettent toutes en acte un temps étiré, dilaté, à travers l'évocation de situations, d'actions étranges qui se dérobent systématiquement au regard. L'artiste cherche à provoquer chez le spectateur un sentiment de trouble, voire de malaise. Ses dispositifs “ agissent ” en premier lieu sur les percepts et les affects du spectateur afin d'interroger les mécanismes d'adhésion et de croyance, les modes de conditionnement par l'image. Ses œuvres interrogent nos capacités à discerner la part d'imaginaire et la part strictement documentaire que l'artiste tresse dans une même représentation. Certaines de ses œuvres travaillent à déstabiliser le regard et la perception, en créant des points de vertige : tel est le point de vison entropique de  Vertigo  (2005), le nuage inquiétant de Projection (2005), le brouillage du repère des significations, dans Missing Time (2002).

Des scènes fugitives entrevues dans l'espace public avec Mes actrices (1999) ou Soyez les bienvenus (1999), Laurent Grasso en retient les ombres portées, les zones d'ombre, le non-dit, pour laisser advenir une certaine dimension d'irrationnel. Dans Tout est possible (2002), l'artiste immerge le spectateur dans un soliloque labyrinthique, une parole qui échappe à tout contrôle, associée à une image de nature fantomatique, sans que le son prenne le pas sur l'image, déterminant une lecture et une écoute flottante. Avec  Le temps manquant  (2002), Laurent Grasso introduit le principe d'un point de vue extérieur au plan séquence, celui d'une instance mécanique, en mouvement et en surplomb qui filme des joueurs de football immobilisés sur leur terrain de jeu, comme pris dans le vertige d'un instant fatidique (il s'agit d'une petite caméra embarquée sur un modèle d'avion de modélisme qui filme la scène en léger surplomb).

Radio Ghost  (2004) approfondit les possibilités scénaristiques qui se nouent entre le point de vue élevé (un territoire est filmé en surplomb) et la présence d'une voix off : les éléments d'architecture, les portions de ville -celle de Hong Kong-, le paysage urbain sont progressivement désidentifiés, déterminant un espace abstrait, hypnotique. La voix off est formée d'un ensemble de témoignages recueillis au sujet de la croyance en la réalité des fantômes.

Au fil des années, Laurent Grasso a précisé “ l'architecture ” souterraine qui structure son œuvre, en explorant le devenir-dispositif d'installations se référant au cinéma : Paracinéma  (2006) puis le projet Magnetic Palace (2007), conçu à l'invitation de l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, font de l'univers du cinéma et de la projection des images un outil opératoire de création et de scénographie.

En novembre 2008, Laurent Grasso a remporté le Prix Marcel Duchamp.

 

Pascale Cassagnau