Nationalité britannique
Né en 1966 à Glasgow (Royaume-Uni)
Vit et travaille à Berlin (Allemagne) et à Glasgow (Royaume-Uni)
Biographie
Bibliographie
Liste expositions

Biographie

Douglas Gordon est né en 1966 dans une famille ouvrière écossaise, à Glasgow. Il étudie à la Glasgow School of Art entre 1984 et 1988, puis à la Slade School of Art de Londres de 1988 à 1990[1]. Il obtient en 1996 le Turner Prize, puis le Prix de la biennale de Venise en 1997. Bien que ses œuvres les plus remarquées soient des installations vidéo, son travail peut adopter de multiples formes : photographie, performance, collage musical, texte, projections diverses, installation sonore.

Ses installations vidéo s'inspirent des grands classiques du cinéma et notamment des films d'Alfred Hitchcock : 24 Hours Psycho (1993) d'après Psychose (1960) et Feature Film (1999) d'après Sueurs froides (Vertigo) (1958), mais aussi Through a Looking Glass (1999) d'après Taxi Driver de Martin Scorsese  (1976) et Left Is Right and Right Is Wrong and Left is Wrong and Right Is Right (2000) d'après Whirlpool (1949) d'Otto Preminger. Douglas Gordon propose une nouvelle lecture de ces œuvres et invite, de surcroît, le spectateur à se confronter à des questions de perception, de mémoire et de temps. Il s'agit d'un " art qui ne parle pas de cinéma mais part du cinéma pour envisager un autre rapport à l'image, libéré des contraintes traditionnelles de narration : hors durée, hors limite. "[2] 24 Hours Psycho, réalisé en 1993, est de ce point de vue exemplaire. L'artiste y a en effet ralenti le film d'Alfred Hitchcock Psychose (Psycho), de sorte que son déroulement complet s'étend sur 24 heures. L'œuvre de Hitchcock s'en trouve difficilement identifiable et il est impossible d'en suivre l'action. Le visiteur est contraint d'avoir recours à ses propres souvenirs de cinéma tout en expérimentant un temps distendu à l'extrême.

De même, le système mis en œuvre dans Déjà-vu (2000) entraîne une prise de conscience des repères temporels : le même film (DOA -Dead On Arrival- de Rudolph Maté, 1949) est projeté en très grand format sur trois écrans disposés côte à côte. Les trois projections sont légèrement désynchronisées les unes par rapport aux autres : la première tourne à 24 images/seconde, la seconde à 23 images/seconde et la troisième à 26 images/seconde. Ce dispositif génère un décalage de 8 minutes entre les trois projections et provoque chez le spectateur un sentiment de " déjà-vu ".

Outre les installations vidéo, l'artiste réalise des œuvres à partir de photographies ou d'écrits : List of Names, débuté en 1990, occupe un mur entier de la Scottish National Gallery of Modern Art. Il s'agit d'un " work in progress " dans lequel l'artiste dresse la liste de toutes les personnes qu'il se souvient avoir rencontrées. Il questionne par là-même les mécanismes de la mémoire. Ces œuvres sont en quelques sortes des formes hybrides, entre autobiographie et universalité. Les photographies de corps tatoués, telle que l'épaule arborant le mot " GUILTY " (coupable) lisible dans un miroir (Tattoo (for Reflection), 1997) ou celles de son propre bras avec l'inscription " Trust me ", (Tattoo (I) et Tattoo (II), 1994), montrent un aspect de son travail plus personnel, et plus focalisé sur l'individu.

Le titre de l'œuvre Something Between My Mouth and Your Ear (1994) affirme la  volonté d'établir un lien entre l'artiste et le visiteur. Cette installation spatiale et sonore se présente sous l'apparence d'une grande pièce, éclairée uniquement par quelques néons bleus, dans laquelle le visiteur perd rapidement ses repères; il y découvre les chansons de variété du " hit-parade " de 1966, que la mère de l'artiste écoutait pendant sa grossesse. Cette mémoire " pré-natale " recréée par l'artiste indique à la fois le travail de la réminiscence ainsi que le contexte culturel en tant que facteur de conditionnement de notre perception du monde.

En 2006, Douglas Gordon réalise avec Philippe Parreno un film documentaire, Zidane, un portrait du XXIè siècle. Pendant toute la durée d'un match de football du championnat espagnol opposant le Real Madrid à Villareal, dix-sept caméras, dont certaines munies d'un zoom très puissant sont braquées sur Zinédine Zidane et captent tous ses gestes. Les deux artistes filment le match en décalage avec les codes de prise de vue du langage télévisuel, au niveau du terrain et sans commentaires.

 

Emilie Benoit


[1] "Compte tenu de mon milieu familial, j'aurais dû commencer à travailler à 16 ans. Je suis l'aîné de quatre enfants et, vers la fin du lycée, mon père avait perdu son travail, ma mère était enceinte. Sauf que je ne voulais pas interrompre mes études. Mais je ne savais pas quoi faire. Je voulais être écrivain, cinéaste ou artiste, voire architecte. Un prof avait écrit sur mon bulletin trimestriel, quand j'avais 10 ans, que j'étais promis à des études d'art. Et mes parents s'en étaient toujours souvenus. Je dessinais tout le temps et j'étais mauvais au foot. Il fallait bien que je fasse quelque chose. Je me suis inscrit à la Glasgow School of Art." Douglas Gordon cité par Jade Lindgaard, " Touche écossaise ", Les Inrockuptibles, 20 décembre 2000, Paris.

[2] Jade Lindgaard, " Touche écossaise ", Les Inrockuptibles, 20 décembre 2000, Paris.